Archives Mensuelles: juin 2013

Le Parisien – Montreuil. Le Centre national de la cinématographie a rendu son rapport.

Montreuil. Le Centre national de la cinématographie a rendu son rapport.

Cinéma Méliès : la double comptabilité reconnue

SÉBASTIEN THOMAS | Publié le 26 juin 2013, 07h00

La saga du Méliès vient-elle de connaître son épilogue? Rien n’est moins sûr puisqu’à Montreuil, on sait quand commencent les polémiques, jamais quand elles finissent. La mairie espère en tout cas que le rapport que vient de remettre le centre national de la cinématographie (CNC) mette un point final à la guerre que se livrent l’ex-directeur artistique du cinéma municipal Stéphane Goudet et Dominique Voynet, maire EELV, par associations de spectateurs interposées.

Selon la municipalité, ce rapport confirme celui établi par son enquête administrative menée en interne. Il évoque l’existence d’une billetterie parallèle concernant 46 séances litigieuses, dites non commerciales, entre 2010 et 2012. En clair, ces séances payantes n’apparaissaient pas sur les livres de comptes. En revanche, les enquêteurs du CNC n’ont pu établir, faute de document, ni le montant des sommes incriminées ni si celles-ci ont été réinjectées dans la trésorerie du cinéma. Petit retour en arrière. Le 6 décembre dernier, Dominique Voynet annonce un dépôt de plainte pour détournement de fonds et évoque une « double billetterie ». Trois mois plus tard, le directeur artistique, Stéphane Goudet est licencié pour faute grave et deux agents sont mutés. Entre-temps, des associations de spectateurs se sont formées, comme le Collectif indépendant des spectateurs du Méliès, qui réclame la réintégration du directeur et organise des manifestations devant le cinéma ou durant le conseil municipal.
Aucune poursuite du CNC

« Le rapport confirme notre enquête et n’engage aucune poursuite contre la ville , se félicite Dominique Voynet. On avait promis de le rendre public. Voila qui est fait. Je suis sûre que maintenant le Méliès va recouvrer la sérénité. D’ailleurs, on m’en parle de moins en moins. Les gens ont vraiment envie de passer à autre chose ». Stéphane Goudet retient pour sa part que le CNC n’engage aucune poursuite. « Dans ce cas, pourquoi m’avoir licencié pour faute?» interroge-t-il. Et d’affirmer que l’équipe municipale était parfaitement au courant de ces pratiques de double-billeterie. « Certaines de ces séances étaient initiées par les élus eux-mêmes » accuse l’ex-directeur. « Jamais nous aurions pu nous douter qu’il s’agissait d’une comptabilité parallèle » rétorque Dominique Voynet.

Pas sûr que ce rapport suffise néanmoins à calmer les esprits. Dans une lettre ouverte, le collectif des spectateurs réclame un débat public sur l’avenir du cinéma. De son côté, le député PS Razzy Hammadi continue de fustiger les « accusations mensongères » de la maire et des pratiques issues « des républiques soviétiques ou bananières ». Il demande une réunion d’urgence à Est Ensemble, qui a maintenant en charge les cinémas de l’agglomération ainsi qu’une prise de position de la ministre de la Culture sur la situation du Méliès.

Télérama – Méli-mélo au cinéma Georges-Méliès de Montreuil, suite : le CNC rend son rapport

Méli-mélo au cinéma Georges-Méliès de Montreuil, suite : le CNC rend son rapport

Actualité | La mairie de Montreuil rend public un rapport du CNC, qui note des irrégularités dans la gestion mais ne confirme pas les détournements de fonds.

 le cinéma municipal de Montreuil Le Méliès....
le cinéma municipal de Montreuil Le Méliès. © Duffe Julien/MAXPPP

Aujourd’hui, mardi 25 juin 2013, la maire de Montreuil Dominique Voynet rendra public le rapport de l’inspection du cinéma municipal Georges-Méliès que lui a adressé, le 12 juin dernier, le directeur du CNC, Eric Garandeau. Le CNC avait engagé une enquête au début de l’année, après avoir appris, par la presse, des irrégularités comptables reprochées par la mairie à l’équipe du cinéma.

Rappel des faits, lorsqu’une nouvelle directrice administrative a pris ses fonctions au Méliès, fin 2012, elle a signalé à la mairie une billetterie parallèle, non déclarée, portant sur des séances non commerciales. Le conflit ancien entre Dominique Voynet et l’équipe du cinéma, menée par son directeur artistique Stéphane Goudet, historiquement proche de l’ancien maire Jean-Pierre Brard (battu par Dominique Voynet en 2008), s’est aussitôt ravivé et le ton a grimpé.

Il était question d’argent liquide dans une armoire, de recettes occultes, de taxe non reversée, Mme Voynet parlait de « caisse noire » et portait plainte pour « détournement »… Très vite, elle a pris de lourdes sanctions, suspendant sans salaire le directeur artistique (licencié depuis) ainsi que les deux régisseuses. Aux journalistes, dont Télérama, elle racontait même avoir entendu qu’une partie de cet argent public avait servi à payer la drogue d’un réalisateur à Cannes… Depuis, ces allégations ont disparu, comme celles d’enrichissement personnel de la part des agents du cinéma.

Reste aujourd’hui que plusieurs dizaines de séances – quarante-six entre 2010 et 2012 selon le CNC – n’ont pas respecté le code du cinéma et de l’image animé, et présentent des irrégularités « passibles de sanctions administratives prévues à l’article L 422-1 », qui vont de l’avertissement à la fermeture du cinéma pour un an, et jusqu’à l’interdiction d’exercer des fonctions de direction. Le CNC note aussi, dans son rapport, que l’absence de documents conservés empêche de prouver que les recettes parallèles ont été, comme l’a toujours dit l’équipe du Méliès, reversées dans la comptabilité officielle.

Mobilisation

Ravie, la mairie de Montreuil estime sans nuance que ce rapport confirme ses analyses et légitime les sanctions prises. « Nous n’avons rien inventé, les irrégularités sont avérées et il est de notre responsabilité, en tant que tutelle, d’y remédier », dit-on dans l’entourage de Dominique Voynet. Le CNC confirme en effet les irrégularités mais parle de seulement quarante-six séances illégales, n’évoque aucun détournement de fonds, ni n’évalue le montant du manque à gagner pour la Ville – qui l’estime, elle, toujours à 140 000 euros minimum. Un chiffre jugé totalement fantaisiste par les associations de soutien au Méliès, comme Renc’art au Méliès et le Collectif indépendant des spectateurs du Méliès, dont la mobilisation ne faiblit pas depuis six mois.

Après quarante-six jours de grève entre janvier et mars 2013, des manifestations presque chaque semaine, de nombreuses tribunes dans la presse, ces soutiens soulignent aujourd’hui que le cinéma a connu une baisse de fréquentation au premier trimestre (baisse de 15% selon la mairie, sans compter les jours de grève). La mairie, elle, attribue cette baisse aux « nombreuses actions de sabotage », alors que de nombreux Montreuillois sont impliqués dans la défense de leur cinéma. Et si les débats et animations, jadis très dynamiques au Méliès, sont devenus très pauvres, ce serait parce que « des réalisateurs ont subi des pressions pour ne pas y intervenir. »

Avec une fausse innocence – c’est elle qui rend public le rapport et appelle la presse –, la mairie assure vouloir « sortir de la polémique » avant l’ouverture du nouveau Méliès agrandi, en juin 2014, pour lequel un « projet culturel » sera élaboré à l’automne entre les acteurs culturels et la Ville. Stéphane Goudet, lui, a attaqué son licenciement devant le tribunal administratif (tout comme les régisseuses ont contesté leur suspension) et prépare probablement sa contre-offensive.

Le 25/06/2013 à 10h46 – Mis à jour le 25/06/2013 à 12h25
Juliette Bénabent

Lettre ouverte du C-ism (Collectif indépendant des spectateurs du Méliès) à Madame Voynet, maire de Montreuil

Lettre ouverte à Madame Voynet, maire de Montreuil
24 Juin 2013

Les rédacteurs de ce texte ont sollicité la signature de Montreuillois et de spectateurs d’autres communes à l’exclusion des élus et dirigeants politiques pour éviter toute récupération politique. La collecte de signatures continue. Votre signature sera recueillie si vous en faites la demande à l’adresse : lemeliesenlutte@gmail.com.

http://lemeliesenlutte.canalblog.com/

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Il y a six mois, le 3 décembre 2012, vous dénonciez à la Justice des détournements de fonds au cinéma Le Méliès.

Un rapport administratif était rendu public, qui parlait de sommes considérables (143 000 euros), de drogue, d’argent liquide dans une armoire, de frais injustifiés… Prompte à dénoncer, vous vous êtes retranchée jusqu’à ce jour derrière l’enquête policière qui, selon vous, révélerait bien pire.

Après ces longs mois, aucune confirmation de ces accusations n’est venue. Les intéressés ont démontré sans être contredits qu’elles sont sans fondement. Ces accusations ne sont donc que des calomnies.

Vous avez sali l’honneur de plusieurs salariés. Ils ont été suspendus, puis déplacés. L’un d’eux a été licencié. Le motif de son licenciement est un aveu de votre légèreté : il n’aurait pas dénoncé des défaillances comptables, ce qui signifie qu’elles auraient été commises par des agents d’exécution qui n’ont fait qu’appliquer des ordres ; il n’aurait pas respecté le devoir de réserve, ce qui suppose qu’un agent, selon vous, n’a pas le droit de se défendre quand il est accusé publiquement d’être malhonnête.

46 jours de grève de la quasi-totalité du personnel du cinéma, l’interpellation de tous les membres de l’opposition au sein du Conseil Municipal, des manifestations, des pétitions … rien n’y a fait.

Madame Voynet, vous n’êtes pas la gérante d’une entreprise privée, maîtresse chez elle.

Vous êtes provisoirement notre mandataire.

Vous nous devez des explications.

On ne jette pas l’opprobre sur des personnes sans disposer de motifs sérieux. Vous vous êtes pourtant appuyée sur une enquête administrative dépourvue de tout sérieux et menée par ceux-là mêmes qui portent la responsabilité d’avoir fait perdurer pendant 10 ans des procédures qu’ils prétendent irrégulières.

Avec le temps, toutes les insinuations issues de cette enquête s’effondrent :

– l’argent liquide dans une armoire n’y était que le temps du décompte et des vérifications habituelles. Devait-il traîner sur les bureaux ?

– le décompte des 143 000 euros est totalement fantaisiste : remise en cause d’exonérations connues et même demandées par vous-même ou vos élus, recettes des séances non commerciales évaporées alors qu’elles ont été intégralement reversées dans la caisse commerciale, abonnements scolaires en cours de paiement…

– ragots jetés en pâture au public (drogue, taxis, paiement des réalisateurs …) sans la moindre preuve et sans qu’ils aient le moindre commencement de vraisemblance.

En se taisant, tous ceux qui ont connaissance de cette affaire se rendent complices du délit de diffamation pour lequel vous êtes poursuivie par les agents que vous avez calomniés.

La comptabilité, la gestion d’un cinéma municipal sont complexes. Vous l’avez explicitement reconnu en recrutant, à la rentrée 2012, un responsable administratif et financier et une directrice administrative et financière.

Mais vous avez laissé pendant toute la période « litigieuse » des agents subalternes exécuter des procédures qui apparaissent aujourd’hui partiellement approximatives.

Une erreur administrative se corrige, elle ne fait pas l’objet de poursuites pénales et, surtout, si des sanctions s’imposent, elles doivent viser les responsables, pas les exécutants qui n’ont fait qu’obéir.

Pourquoi la Commission Administrative Paritaire chargée d’examiner les mutations des agents a émis, à l’unanimité, un avis défavorable ?

L’enquête policière ne mettra pas en évidence un seul euro qui serait parti dans la poche d’un agent. Et s’il apparaissait que quelques centaines d’euros, en dix ans, ont été reversés à tort aux distributeurs (pour cause de difficulté unanimement reconnue par la profession à gérer des séances non commerciales, soit une dizaine par an), ce ne serait que la conséquence de procédures approuvées depuis la création de ce cinéma municipal par votre direction générale des services car cette comptabilité, cette gestion ont été pendant dix ans sous la responsabilité, sous la surveillance de cette direction générale, de la direction des finances, du contrôle de gestion. Sans jamais la moindre remarque.

Les procédures comptables appliquées depuis 2002 ont été mises en place par le directeur des affaires culturelles en charge de la municipalisation qui n’est autre que votre maire adjoint à la culture et rapporteur du budget.

Vous traînez dans la boue des agents d’exécution tandis que vous ne recherchez pas la responsabilité des cadres qui avaient donné les consignes et qui devaient veiller à la bonne marche de ce service.

Ces calomnies, ces incohérences ne sont explicables que par votre volonté de vous séparer d’agents qui, pourtant, avaient oeuvré à la réussite de ce cinéma.

Ces sanctions sont iniques : chaque personne sanctionnée doit retrouver son poste.

Ces attaques de votre part, depuis de trop longs mois, nous amènent à nous interroger sur vos intentions à l’égard du Méliès, un des premiers cinémas d’art et d’essai de France, dont le rayonnement et la réputation dépassaient Montreuil. Ce cinéma, emblématique sur la scène des cinémas indépendants, qui honorait depuis dix ans la politique culturelle de la ville de Montreuil, nous craignons de le perdre.

AUSSI, demandons nous un débat public sur l’avenir de notre cinéma et sa politique culturelle afin qu’il demeure un cinéma d’Art et Essais avec ses 3 labels d’excellence qui lui ont été attribués, « Jeune public/ recherche et découverte/ répertoire et patrimoine », offrant pour tous une grande diversité de film.

Madame Voynet, les Montreuillois soussignés ainsi que des cinéphiles d’autres communes exigent des explications :

François Fatoux, Béatrice Navajas, Nicolas Combet, Aline Cottereau, Sophie Salbot, Anne-Marie Lemarchand, Stéphane Germain, Pascale Boyer, Jeanne Studer, Catherine Charpentier, Ginette Lemaître, Raphaël Streit Dit Provins, Blandine Bacconnet, Ony Hivert, Alexandre Hivert, Manuela Frésil, Christian Millet, Jean-Claude Vuarchère, Christophe Eugene, Cristina Marques, Kamel Hamadache, Pascal Mage, Solange de Préval, Didier Dunghi, Violeta Bissières, Stéphanie Gauvain, Sophie Mandonnet, Olivier Cordova, Rita Nicolas, Gérard Nicolas, Michèle Sourieau, Pierre Vila, Mauricette Foissey, Emmanuelle Bon, Alexandre Thieblin, Annie-France Mistral, Frédérique Marchadour, Isabelle Berteletti, Laure Budin, Claire Hoog, Pierre-Olivier Lhermitte, Laure Boudou, Hélène Guillen, Jean-Luc Guilllen, Jean-Pol Lefebvre, Annie Pastureau, Chris Geske, Laure Nilus, Yoni Chanson, Sandrine Chanson, Nicole Soulaire, Sophie Bernhardt, Frédéric Hervé, Catherine Rodrigues, Michèle Brousse, Stéphanie Reynaud, Elodie Colin, Elsa Colin, Yves Colin, Dominique Cabrera, Ingrid Monchy, Jean-Jacques Sacquepey, Catherine Vialles, Effi Mild, Farid Hafs, Anne-Marie Hafs, Patricia Marchese, Marie-José Bloncourt, Valérie Barrios, Laurence Bertagnol, Stefff Gotkovski, Luise Franke, Louison Villefroy, Sebastien Perrenoud, Marc Druez, Miguel Pecina, Martine Guillaud, Martin Provost, Marion Ploix, Mathieu Rollet, Anne-Sophie Birot, Sofi Vaillant, Théo Jarrier, Pascale Szpiro, Gilbert Delanoue, Régine Jusserand, Florent Haladjian, Valérie Deronzier, Dominique Jolly Bertelett, Marc Abel, Seb Martel, Isabelle Rathery, Mathieu Vigouroux, Cédric de Mondenard, Martin Verdet, Paola Cordova, Olivier Cordova, Christine Coste, Fabrice Villard, Guy Vouillot, Bertrand Monier, Claire Garzon, Jean-Michel Coinaud, François Paumard, Magali Fadainville, Catherine Giffard, Valérie Bousquet, Nicolas Villaumé, Cécile Beaupain, Eléonore Faucher, Claire Childeric, Françoise Hickel, Delphine Rousseau, Evelyne Larousserie, Thomas Vincent, Anne Desrivières, Catherine Petiteau, Jacques Bousquet, Martine Bousquet, Nathalie Carboni-Latour, Thierry Latour, Anne Ropers, Emmanuel Finkiel, Claire Toulouse, Aurélia Petit, Lazare Boghossian. Julie Guehria, Gudrun Krabbe, Véronique Marmeuse, Claire Cansell

et hors de Montreuil : Dorothée Boichard, Philippe Fusellier (Paris), Marie-Hélène Vogt, (Rosny-Sous-Bois), Jean-Pierre Thorn (cinéaste Paris) , Christine Buratto (Rosny-Sous-Bois), Martine Mercier
(Bobigny), Jeannine CINCET (Bagnolet), Guy Baude (Vincennes), Isabelle Jégo (Paris), Christine Nissim
(Bagnolet), Agnès Noden (PAU), Etienne Champion (Strasbourg), Jeannine Ibanez (Paris), Claude
Lebatard (Paris)

Le C-ism
Le Collectif indépendant des spectateurs du Méliès

Très bien, merci.

La reprise se passe bien

La reprise se passe bien

La reprise se passe bien

La reprise se passe bien

Sortie de crise au Méliès

Sortie de crise au Méliès

Punishment Park

Concours de sosies au Méliès

Concours de sosies au Méliès

 

Blog de Mediapart / A l’abordage – Tout va très très bien à Voynetgrad

Tout va très très bien à Voynetgrad
09 juin 2013
Par Jean-Pierre Anselme

« On peut s’passer de Voynet, pas du ciné ! » scandaient les 500 manifestants déambulant joyeusement dans les rue de Montreuil (93), en soutien au cinéma Le Méliès, samedi après midi. Après la grève de 46 jours des salariés de la salle municipale d’art et d’essai et sa réouverture au public, la mobilisation ne faiblit pas, dans un contexte local de plus en plus délétère.

Le soleil tape dur sur les manifestants de tous âges qui se rassemblent devant le cinéma le Méliès. Quand la manifestation démarre en direction de la mairie, l’atmosphère est d’autant plus festive que le pari est réussi : ils sont plusieurs centaines, 500 environ, à avoir répondu une nouvelle fois à l’appel des associations (Collectif indépendant des spectateurs du Méliès, Renc’Art au Méliès, Soutien au Méliès, Le Méliès en lutte… ) et de la CGT territoriaux de la ville qui réunit les salariés du cinéma municipal.

« Rendez-nous Goudet et son équipe », lit-on sur une banderole en soutien au directeur historique du Méliès, Stéphane Goudet, licencié abusivement par la maire le 23 février, et à son équipe malmenée, diffamée, pour ne pas dire martyrisée. De l’humour, noir, sur cette bannière : « Méliès : le cinéma muet » ; une crainte majeure avec le slogan : « Non à la privatisation du Méliès ». » Au cours de la déambulation, on s’arrête un long moment devant un bistro ou un groupe de musicien entonne « La chanson du Méliès ». Refrain repris en chœur :

Oh oh c’est pas beau
D’nous prendre pour des blaireaux
Oh oh Croix de Chavaux
N’tombe pas dans le panneau

Lors du conseil municipal du 6 juin, les manifestants sont empêchés de dérouler leur banderole de soutien au MélièsLors du conseil municipal du 6 juin, les manifestants sont empêchés de dérouler leur banderole de soutien au Méliès

Le jeudi soir précédent, la séance du conseil municipal s’est transformée en foire d’empoigne entre une partie du public qui voulait dérouler une banderole en soutien au Méliès et des militants des Jeunes écologistes décidés à les en empêcher manu militari. Bousculades, invectives, coups (une « proMéliès » s’est pris « un coup de livre sur le crâne »). Une autre fois c’était un élu proche de Dominique Voynet qui du être ceinturé alors qu’il allait balancer son poing à la figure d’un représentant de l’opposition. Un article récent de Mediapart (1) s’est fait l’écho des pratiques d’une « Équipe mobile de sécurité », sorte de milice municipale créée par la maire d’EELV, après que certains de ses membres aient violemment pris à partie un journaliste.

Autant de symptômes parmi bien d’autres qui mettent à mal la « vertu » revendiquée par la maire, laquelle doit à présent se justifier à la suite d’un rapport de la Chambre régionale des comptes qui épingle très durement sa gestion des affaires municipales.

Devant la mairie, les manifestants sont accueillis… par la fanfare du mariage en coursDevant la mairie, les manifestants sont accueillis… par la fanfare du mariage en cours

« Ça ne manque pas de sel, s’exclame une manifestante, Marie, quand on sait que c’est au nom de la “vertu” que Voynet a voulu salir l’équipe du Méliès en prétendant, sans preuve, qu’ils avaient une “caisse noire”, qu’ils faisaient du trafic de drogue, etc. ». Des accusations qui ont fait long feu, mais qui ont permis à Dominique Voynet de licencier tambour battant et, au mépris du droit, le directeur du cinéma et de démanteler l’équipe. Avec, comme résultat provisoire, selon Stéphane goudet, « 40 000 entrées de moins sur les cinq premiers mois de l’année 2013 par rapport à 2012, une diminution de 51% de la fréquentation, alors même qu’il n’y a pas eu d’appel au boycott ! »

À la fin de la manifestation une partie des participants s’est retrouvée à débattre à l’ombre des arbres de la cour de l’école Diderot à Montreuil. Parmi les intervenants, il y avait des représentants du Groupement national du cinéma de recherche, de la Société des réalisateurs de films, de salles de cinéma d’art et d’essai d’autres villes elles aussi en péril, des cinéastes, tous faisant le lien entre les enjeux de la lutte du Méliès et ceux du cinéma indépendant en France. Les molosses de la distribution, les UGC, MK2 et compagnie veulent sa peau, des municipalités baissent la garde ou collaborent et l’État reste les bras ballants malgré toutes les alertes. Cela au moment où un futur accord de libre échange entre les États-Unis et l’Union européenne met sur la sellette « l’exception culturelle ».

À Montreuil pour l’heure, point de « projet culturel », la maire s’est engagée à mettre en débat un « brouillon » pour la rentrée. S’agissant du Méliès, plus le temps passe et plus surgissent des informations alarmantes confirmant l’intention de la majorité municipale de privatiser le cinéma. Ainsi, la nouvelle directrice du Méliès, choisie par Dominique Voynet, Nathalie Hocquard, peut-elle se prévaloir d’avoir accompagné, en faisant l’éloge de la ville, la privatisation et l’effondrement qualitatif du cinéma de Champigny-sur-Marne pour lequel elle a travaillé 9 ans. Une illustration de sa remise en cause du « terme de démocratisation culturelle, chère aux municipalités de gauche » (2).

Il lui faudra compter avec un mouvement social original, un mouvement politico-culturel indépendant des partis politiques à Montreuil, sur lequel le temps ne semble pas avoir de prise, tout au contraire, qui veut sauver son cinéma et retrouver l’équipe qui en a fait le succès. Un des mot d’ordre les plus repris lors de la manifestation était : « Vive le Méliès libre et indépendant ! »

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1) « Les agents de surveillance très spéciaux de la mairie de Montreuil » (par Louise Fessard, 2 juin 2013) :http://www.mediapart.fr/journal/france/290513/les-agents-de-surveillance-tres-speciaux-de-la-mairie-de-montreuil

(2) Mémoire sur la cinéphilie rédigé en 2011, dans le cadre de la formation continue de la Femis.


ARTICLES PRÉCÉDENTS SUR LE MÊME SUJET :

• « De quoi le Méliès Montreuil est-il le signe ? » Tribune dans laquelle huit cinéastes dénoncent la « posture d’autorité mortifère » de la maire, Dominique Voynet, et font le lien avec la situation alarmante de la création cinématographique en France. http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-pierre-anselme/160413/de-quoi-le-melies-montreuil-est-il-le-signe

• « Tout va très bien à Voynetgrad » Enquête sur « l’affaire du Méliès » à Montreuil. http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-pierre-anselme/240213/tout-va-tres-bien-voynetgrad

Tract CGT Territoriaux du 06/06/2013 – Actuellement au Méliès : quoi de neuf docteur ?

« Le cinéma municipal a rouvert, pour le bonheur de tous les cinéphiles », annonçait paisiblement l’éditorial du programme le 11 mars dernier. Au terme d’une grève historique et quasi générale de 46 jours, les agents du Méliès ont effectivement dû rallumer les projecteurs et reprendre le travail. Avec quelles satisfactions ? Dans quelles conditions ? Qu’est-il réellement advenu de l’équipe démantelée du cinéma municipal ? Quel est son avenir ?

 

HIER

– Quatre agents sont écartés du service, lourdement sanctionnés sur décision arbitraire, sur des motifs imaginaires, sans preuves, suite à une enquête administrative à charge menée par des personnes juges et partie ayant produit un chiffrage fantaisiste.

– Six agents grévistes sont contraints de reprendre le travail le 8 mars, après 46 jours de grève, sans avoir obtenu la réintégration de leurs collègues ni aucune de leurs autres revendications.

 

AUJOURD’HUI

– Mutées de force, contre l’avis unanime des instances paritaires, deux agents occupent dans d’autres services des postes qui ne correspondent ni à leurs compétences, ni à leur formation, ni à leur expérience.

– Un agent pointe au Pôle Emploi.

– Le quatrième est licencié sans préavis, sans indemnités, sans droit au chômage.

– Tous sont dépossédés du projet dans lequel ils se sont énormément investis.

– S’estimant diffamés par les propos tenus par la maire dans la presse nationale, les agents suspendus ont porté plainte contre elle et contre l’actuelle directrice du Méliès.

– Des recours contre les sanctions infligées (suspension, mutation, licenciement) ont également été déposées auprès du Tribunal Administratif.

– Les anciens grévistes ont repris le travail sur leurs postes respectifs dans un climat de défiance instauré par leur hiérarchie. Ils sont sans cesse soupçonnés de volonté de sabotage.

– Management pathogène de la nouvelle direction : tentatives de division, reproches et provocations incessantes, remise en cause de l’intégrité professionnelle des agents.

– L’équipe, accompagnée par la CGT et le CHSCT, se lance dans une entreprise de colmatage de ces brèches pour que cessent ces méthodes et la grande souffrance induite.

– Appelée à la rescousse, une psycho dynamicienne œuvre auprès des agents pour tenter de recréer les conditions de travail normales et non anxiogènes d’avant le changement de direction imposé par la municipalité.

 

DEMAIN

Toutes et tous demandent, encore et toujours :

La réintégration des quatre agents brutalement écartés du service

Le retour à des conditions de travail respectueuses et motivantes avec l’ensemble de l’équipe qui a su faire du cinéma de Montreuil un lieu exemplaire de culture, de partage et d’intelligence.

Pour que vive le Méliès et son personnel !

Le 6 juin 2013